L'aquariophilie marine à la portée de tous
Mardi 24 décembreMercredi 27 novembre






 

 


Dosage de l'éthanol dans l'aquarium.
Voies nouvelles pour l'amélioration des conditions de vie
.

par Michael Mrutzek et Jörg Kokott ©

Depuis des décennies nous essayons d'améliorer les conditions de maintenance de nos coraux et de nos poissons. De nouveaux articles parlent de progrès, de nouvelles techniques et de moyens qui doivent nous permettre d'améliorer la qualité de vie de nos pensionnaires. Depuis plus de deux ans l'un des auteurs (Michael Mrutzek) travaille sur une méthode, afin d'améliorer la dégradation des importantes quantités de nitrates dans les aquariums d'eau de mer et par là même les conditions de vie des animaux d'aquarium. Les enseignements récoltés sont relatés et étayés par des connaissances théoriques.

La donnée du problème est simple : comment puis-je diminuer la charge en nitrates de l'aquarium sans renoncer à la population piscicole et sans être obligé de recourir à une importante technique.

Les méthodes du passé
Au cours des 18 dernières années les filtres à nitrates ont entrepris d'éliminer avec efficacité les nitrates accumulés dans l'eau. Cette composante technique supplémentaire est dépendante du type et du bon fonctionnement du produit et en outre liée à un important mécanisme de contrôle.
Avec l'aquarium Miniriff de De Hahn (Miniriff, Hollande) les filtres à nitrates ont fait leur entrée dans les aquariums. A l'époque Miniriff Hollande a construit le premier filtre à nitrates alimenté par une solution alcoolique placée dans un sachet nutritif. Le sachet lui-même est constitué par une membrane semi-perméable, qui diffuse la solution alcoolique et approvisionne en permanence les bactéries durant plus de quatre semaines. Le filtre à nitrates est constitué par un système à plusieurs compartiments, l'eau traversant chaque compartiment individuel, le dernier compartiment ne comportant plus de sachet, afin que les substances nutritives restantes puissent être décomposées, si bien que celles-ci ne parviennent pas dans l'aquarium.

Quelques années plus tard un autre filtre à nitrates fonctionnant sur la base des "Baktoballs" (AquaMedic) a fait son apparition sur le marché. Il s'agit d'un système avec un compartiment unique, dans lequel on introduit des Bioballes et une quantité définie de "Baktoballs".
D'autres sociétés ont construit des systèmes plus ou moins similaires. Il y a cinq ans le Vodkafilter de Lars Sebralla a fait son apparition, lequel a été présenté la première fois lors du Symposium de Lünen.
Celui-ci fonctionne également sur la base d'une solution alcoolique, mais qui n'est pas fournie par un ensemble de substances nutritives, mais par l'intermédiaire d'une pompe. La différence notable se situe dans le système de circulation, une partie seulement de l'eau provenant du filtre étant ramenée à la circulation de l'eau.

Il ne faut pas oublier le filtre à nitrates basé sur le soufre qui a vu le jour ces dernières années. Tous les systèmes décrits jusqu'à présent hébergent des dénitrificateurs hétérotrophes, ce qui signifie, que contrairement aux plantes ils ne peuvent pas créer eux-mêmes leur nourriture par utilisation de l'énergie solaire, mais qu'ils doivent manger de façon active. Dans le filtre sur soufre les dénitrificateurs autotrophes croissent par contre, n'utilisant certes pas la lumière solaire, mais l'énergie provenant de l'oxydation du soufre élémentaire. Les bactéries n'ont pas besoin d'être nourries. Lors de l'oxydation du soufre élémentaire les bactéries produisent de l'acide sulfurique (H2SO4), qui est neutralisé dans une colonne de calcaire installée en sortie. D'une part le filtre sur soufre permet une dégradation des nitrates, d'autre part il fonctionne comme un réacteur à calcaire, ce qui peut mener à des problèmes de quantité de calcium et de dureté carbonatée.

Systèmes alternatifs

Tous les filtres à nitrates brièvement décrits nécessitent pour leur fonctionnement un déploiement technique considérable, un contrôle particulier de la vitesse de circulation de l'eau, de la quantité de nourriture ainsi qu'une surveillance du potentiel Redox.

En ce qui concerne la thématique des filtres à nitrites il faut mentionner les filtres sur lit de sable. Les Deep Sand Beds (DSB) très utilisés aux USA, le classique système Jaubert tout comme le récent système de filtration sur vase (Désignation commerciale : Miracle Mud) fonctionnent comme des filtres à nitrates. Le substrat devient anoxique (sans oxygène) au sein de quelques centimètres dans des couches de sédiments suffisamment épaisses en dépendance avec la vitesse du courant au-dessus des sédiments. Ici vivent les bactéries hétérotrophes qui dénitrifient les nitrates en azote moléculaire (N2). Finalement, il s'y produit la même chose que dans un filtre à nitrates, toutefois dans un environnement naturel et sans autre moyen technique et avec un entretien faible, ce qui a rendu ces systèmes de filtration très populaires. Dans ce cas les bactéries sont également dépendantes d'une source de carbone, à laquelle elles peuvent accéder à un dépôt riche en carbone dans les sédiments en règle générale avec les dépôts de carbone organique particulaire (POC, anglais : Particulate Organic Carbon) sous la forme de détritus, de restes d'algues et de mini-faune décédée.

Sans filtre extérieur

Les réflexions ont été poussées dans une autre direction, car nous souhaitions une variante plus simple, sans filtre extérieur, donc une utilisation directe dans l'aquarium. Dans chaque système "rodé" vivent des bactéries, qui s'occupent aussi bien de la nitrification que de la dénitrification. Elles vivent dans des films biologiques (biofilms), qui recouvrent toutes les surfaces de l'aquarium y compris les vitres et l'intérieur des tuyauteries. Cependant en règle générale, seul le sol et les pierres décoratives permettent la présence des nitrificateurs et des dénitrificateurs, car là seulement la surface du matériel est si importante qu'à côté des zones aérobies, des zones anaérobies peuvent également se développer. Au cours de la dernière décennie il s'est de plus en plus vérifié que les pierres récifales vivantes constituaient le matériel de décoration le plus approprié, surtout en raison de sa multiplicité en souches bactériennes et en microorganismes.

Ceci constitue exactement le point de départ, car à l'intérieur des "pierres vivantes" une décomposition des nitrates est directement possible dans le système. Il s'agit seulement de favoriser celle-ci.

Ethanol (CH3CH2OH)

Les premières expériences
Les expériences ont démarré avec du miel, car à l'époque Michael Mrutzek pensait que les acides aminés contenus dans le miel d'apiculteur approvisionnerait le système non seulement en carbone mais en même temps en une forme d'azote organique. Toutefois le dosage exact constituait un problème permanent et le succès escompté relatif aux acides aminés n'a pas été convaincant, raison pour laquelle les essais avec le miel ont été stoppés. A la recherche d'autres sources carbone la vodka est entrée dans jeu. Au départ Michael Mrutzek a injecté 1 ml de vodka dans son aquarium privé de 1000 litres, car il n'était pas évident de prévoir la réaction de l'aquarium. Cette quantité a été ajoutée tous les matins durant une semaine.

Après la phase d'observation, le dosage a été augmenté tous les 3 jours d'abord à 2 puis 3 ml, 4 ml jusqu'à 15 ml étalé sur une totalité de 40 jours. Même avec 15 ml aucune modification négative n'a été visible, toutefois des développements plutôt positifs car les coraux présentaient un meilleur aspect. Les coraux mous, les gorgones, les anémones disques et les scléractiniaires montraient des polypes nettement plus épanouis. Durant l'intégralité de la période d'essais les paramètres de l'eau ont été contrôlés tous les 3 jours. A ce moment, la quantité de nitrates de 12,5 mg/l départ a chuté à 2,5 mg/l et la quantité de phosphates de 0,1 mg/l à 0,05mg/l.

Après qu'avec 15 ml/jour aucun effet secondaire négatif n'a été constaté, l'augmentation à 16 ml a été effectuée ce qui a eu comme suite que le jour suivant une légère turbidité de l'eau a été constatée et qu'un dépôt mucosique recouvrait les vitres et la décoration. Dès ce moment l'écumeur a été immédiatement accéléré et l'additif de vodka arrêtée. Le lendemain la turbidité était encore reconnaissable et le dépôts mucosique encore présent, mais plus aussi important que la veille. 24 heures plus tard tout avait disparu.
Un troisième jour de répit a été respecté afin ensuite de commencer de nouveau le dosage, toutefois uniquement avec 14 ml. Un jour plus tard la turbidité était revenue. Un examen des paramètres de l'eau n'a pas permis de mettre en évidence des nitrates ou des phosphates mesurables.

La quantité de calcium et de magnésium
La valeur du pH ainsi que la dureté carbonatée se situaient dans la zone
normale. Le diagramme montre la modification de la quantité de substances nutritives en dépendance avec le dosage en éthanol. En même temps devient visible le rapport inversement proportionnel entre la quantité de nitrates et le dosage en éthanol (coefficient de relation – 0,95). Après un certain ralentissement la quantité de nitrates devient linéaire par rapport à l'augmentation de la concentration d'éthanol. Cette constatation montre l'effet direct du dosage du carbone sur les dénitrificateurs. Par contre la quantité de phosphates chute graduellement avec l'augmentation linéaire de la concentration d'éthanol (coefficient de corrélation – 0,87), ce qui laisse supposer que la croissance des bactéries se produit dans ce cas en poussées définies. Si on observe la formation et le développement d'un film biologique, le substrat d'établissement se transforme rapidement en facteur limitant dans le cas d'une multiplication rapide de la population et la croissance ralentit. Lorsque des parties du film biologique sont arrachées ou que les bactéries meurent, il y de nouveau de la place et la multiplication des bactéries peut faire un bond, ce que reflète peut-être le déroulement de la courbe des phosphates.
Il est facile de comprendre que les bactéries ont utilisé l'ensemble des substances nutritives pour leur croissance et leur importante multiplication. Contrairement à la croyance largement répandue, que l'eau des aquariums contient assez de composés carbonés organiques, notre avis est différent.
Après qu'au bout de deux jours, l'eau était de nouveau limpide, que les poissons et les coraux semblaient visiblement à l'aise, le dosage avec de la vodka a repris, toutefois seulement avec 7 ml. Au cours des jours suivants le système a été suivi avec attention, mais il n'y a plus eu de turbidité. Jusqu'à aujourd'hui cet aquarium fonctionne avec 7 ml de vodka par jour, sans apparition de problème similaire.

Il faut noter que les coraux étaient nettement plus clairs et que la coloration des scléractiniaires s'était intensifiée après les deux explosions bactériennes. Essentiellement les espèces d'Acropora brunes sont devenues partiellement vertes, d'autres bleues.
D'autres scléractiniaires sont également devenus plus colorés, les gorgones et les coraux-cuir étaient visiblement plus clairs.
Afin de réaliser le dosage de manière plus simple Michael Mrutzek s'est décidé pour l'utilisation d'une pompe de dosage de "Aquaristik-DosierTechnik" (ADT). Celle-ci a repris le dosage journalier de la vodka.
Pour la reproduction des constatations rapportées, cette méthode a été mise en oeuvre dans un autre bac. L'opération s'est déroulée selon le schéma décrit et les paramètres de l'eau ont été contrôlés en permanence. Dans ce cas encore plus souvent, car la quantité de vodka dosée devait être réduite parallèlement à la diminution de la quantité de nitrates. Au bout de six semaines seulement, il n'y avait plus de nitrates détectables, l'addition de vodka avait été diminuée par deux à ce moment là, ce qui a probablement évité une explosion bactérienne. Le bac fonctionne depuis un an avec une dose de vodka journalière de 7 ml et aucune quantité de nitrates ne peut être détectée à l'aide des tests disponibles.
Lors de tous ces essais aucun autre paramètre n'a été modifié, c'est à dire pas d'augmentation de changement d'eau, pas d'autres mesures complémentaires afin de décomposer les nitrates ou les phosphates.

Expériences chez d'autres aquariophiles
Après avoir trouvé une voie de contrôle du dosage, des amis aquariophiles ont été sollicités pour savoir s'ils désiraient tester cette méthode. La recommandation était de doser directement dans l'aquarium 1 ml de vodka durant les deux premiers jours, ensuite sur la base d'un intervalle de deux jours d'augmenter à 2 ml, 3 ml et ainsi de suite jusqu'à 14 ml.
Ingo Bänsch a démarré avec l'essai et dans ce cas également en l'espace de quatre semaines les nitrates et les phosphates ont complètement disparu. Avant, I. Binsch avait toujours des problèmes avec ces substances nutritives et il songeait déjà à acquérir un filtre à nitrates. Il ne faut pas omettre de signaler que son bac est petit (volume net environ 120 litres) et que celui-ci est certainement surpeuplé par l'un ou l'autre poisson. Depuis longtemps il utilisait donc des adsorbeurs de phosphates, mais qui n'ont pas été renouvelé durant l'essai. D'autres essais ont suivi, qui se sont également déroulés de manière positive.

Rapidement, une autre prise de position par courriel d'un utilisateur : "Depuis environ huit semaines je distribue journellement de la vodka, avec une petite pause de 10 jours. Malheureusement des tests trop âgés ont affiché des valeurs meilleures et ainsi j'ignorais le mauvais état de mon eau. Je ne l'ai constaté que par la croissance renforcée des algues et les bulles d'air qui s'y rattachaient le soir. Avant la mise en oeuvre, les valeurs de l'eau selon JBL (avec des tests plus récents) : No3 > 25 mg/1, PO4 > environ 1 mg/1, Si > 3 mg/l. J'utilise exclusivement de l'eau de conduite, du Silicarbon et du Contraphos (Société Aquaconnect). J'ai commencé avec 10 gouttes par jour (le soir), augmentation de 10 gouttes chaque jour. Arrivé à 100 gouttes, j'ai mesuré en ml. Jusqu'à 14 ml, l'eau était ensuite légèrement trouble et les vitres montraient un dépôt bizarre. J'ai arrêté une journée, puis j'ai continué avec 12 ml. Au bout de quatre jours les vitres arboraient de nouveau un dépôt bizarre. La quantité de vodka a de nouveau été réduite, d'abord à 10 ml, trois jours plus tard (de nouveau un dépôt blanchâtre sur les vitres) à 8 ml et à présent après encore 2 jours à 6 ml. La vodka était cependant ajoutée chaque jour. Valeurs actuelles de l'eau (mesurées avec Salifert) : No3 = non détectables PO4 = 0,1 mg/1 Si = 1 mg/1 Malgré les silicates présents dans l'eau il n'y a pas de petites bulles ou algues visqueuses visibles. La plupart des animaux se portent très bien, un corail cuir champignon (j'en possède deux, seulement l'un présente un comportement particulier) épanouit davantage ses polypes depuis quelques jours. Mais ceci pourrait avoir d'autres causes, pas la moindre idée. Toutefois mon corail-bulles ne s'ouvre plus correctement depuis quelque temps. Y a t'il un rapport avec les paramètres de l'eau, je ne le sais pas non plus. Et peut-être n'apprécie t'il pas le nouvel emplacement. Sinon, tous les autres animaux sont en pleine forme. Seules mes belles algues réduisent, ce que je n'apprécie pas trop. C'est finalement tout ce que j'ai à dire concernant le sujet".
(Fin de la citation)

La théorie
Afin de pouvoir soutenir par la théorie les données expérimentales présentées, des recherches littéraires ont été entreprises, avec l'espoir, de trouver des données scientifiques concernant la croissance des bactéries et de leur influence sur la quantité de nitrates et de phosphates dans l'eau. Ce faisant les moteurs de recherche ont trouvé une profusion d'articles scientifiques et de résumés d'articles à propos d'un sujet sûrement très intéressant pour les aquariophiles : Polyphosphat-Akkumulierende Bakterien (PAB = bactéries accumulant les polyphosphates).
Dans le traitement des eaux usées on utilise depuis plus de 30 ans le dénommé : "Enhanced Biological Phosphorus Removal" (EPBR = élimination biologique accrue des phosphates) (Crocetti et al. 1999). Ceci est d'autant plus étonnant que ni la littérature aquariophile américaine ou allemande n'ont jamais rien publié à ce sujet. Uniquement sur internet sur une Homepage non commerciale (voir pages Internet dans Littérature en fin d'article) j'ai trouvé un article du Dr. Gerd Kassebeer, qui à l'origine a paru dans la revue « Aquarium Heute » et dans lequel il est question de bactéries, qui peuvent accumuler des phosphates dans leurs cellules (Kassebeer 1995).

Bactéries accumulatrices de phosphates
Il s'agit d'un groupe de différentes bactéries, qui se ressemblent en ce que en dépendance de diverses conditions anaérobies ou aérobies de milieu et de la présence de composés de carbone organique elles accumulent et libèrent de nouveau des phosphates inorganiques (Mino 1999). Ce que ces bactéries hétérotrophes effectuent finalement, consiste à absorber de l'eau des composés de carbone organique sous un manque d'oxygène et à rendre en même temps des phosphates dans l'eau. Ces phosphates proviennent de la décomposition de polyphosphates (PolyP) riches en énergie, l'énergie libérée étant utilisée à l'absorption de carbone organique. Le tout n'est pas véritablement excitant d'un point de vue aquariophile, car nous souhaitons aboutir à une élimination des phosphates et non à une émission de phosphates. En effet ceci ne constitue que la première partie de l'histoire, car les bactéries similaires peuvent brûler ces composés de carbone organique afin d'obtenir de l'énergie dans une phase aérobie s'ajoutant à la phase anaérobie et absorber en même temps des phosphates inorganiques. Et de façon caractéristique, elles absorbent ce faisant plus de phosphates qu'elles n'en ont libéré avant.

Capacités maximales de décomposition ?
Afin d'avoir une idée, de quelles capacités de décomposition il est question, les recherches ont été poursuivies et en définitive nous avons trouvé une publication de Crocetti et al. (2000), qui nous a renseigné. Un document, qui y est publié, fournit des données, qui prouvent que lors d'une charge finale de phosphates de 57 mg/l PO4-P (soit 174,7 mg/l PO4) et une quantité d'acétate dans l'eau de 309 mg/l, la quantité de PO4 après le passage de la phase anaérobie (et la libération de phosphates par les bactéries qui s'en suit) monte à 144 mg/l PO4- P (soit 441,3 mg/l de PO4.
L'eau usée est ensuite ressortie du filtre après passage dans la phase aérobie (au cours de laquelle des phosphates sont accumulés) avec 0,05 mg/l de PO4-P (soit 0,15 mg/l de PO4) et sans acétate détectable. Ceci, avec une diminution de la quantité de phosphates de 1/1000 de la charge finale, est vraiment excitant !
Naturellement nous ne pouvons pas transposer cela à nos aquariums et en outre les auteurs parlent avec une certaine fierté d'une boue de décantation de grande efficacité éliminant les phosphates, qui à la fin pouvait produire une quantité de phosphore équivalent à 15 % de biomasse totale. Comme dit nous ne pouvons utiliser ces données. A intervalles réguliers le matériau de filtration chargé de bactéries est échangé après la phase oxique et en fin de compte les phosphates éliminés du système.

Définition des PAB
Le désaccord règne à ce sujet, à savoir quelles bactéries sont impliquées ou lesquelles conviennent le mieux lors de l'EPBR. Mino (2000) donne un aperçu concernant les différerents groupes potentiels et participants de bactéries, parmi lesquels Acinetobacter spp., Microlunatus phosphovorus, Lampropedia spp. et des espèces du genre Rhodocytus. Diverses autres publications s'expliquent spécialement sur ce sujet (Lee et al . 2002, Levantsi et al. 2002, Onuki et al. 2002, Bond et al. 1999, Sidat et al. 1999). Une bactérie du groin ß-Proteobacteria a été identifiée PAB et dénommée comme "Candidatus Accumulibacter phosphatis" (Blackall et al. 2002, Zeng et al. 2003). De plus il a pu être constaté chez Paracoccus denitrificans, que ces bactéries peuvent éliminer en même temps des phosphates et des nitrates et cela indépendamment même des situations variables oxiques et anoxiques (Barak & van Rijm 2000). P. denitrificans entrerait donc principalement en fonction comme organisme clé dans l'expérimentation à base de vodka. En plus P. denitrificans représente un dénitrificateur typique (Schlegel 1992), qui ne manque pas dans nos aquariums en tant que souche naturelle dans les pierres vivantes.

Quelles sources de carbone conviennent pour les PAB ?
Il est clairement démontré dans cet article que l'éthanol constitue une forme de carbone organique convenable et facilement accessible, afin de diminuer efficacement la quantité de nitrates et de phosphates dans l'aquarium. Dans la littérature il est par contre écrit que les PAB absorbent de préférence des acides gras à chaîne courte comme l'acétate ou le propionate et les métabolisent (Mino 2000, van Niel et al. 1998). L'acétate, l'anion de l'acide acétique, est également utilisé en aquariophilie récifale outre l'alcool, afin de renforcer la croissance des bactéries de filtration.
Comme Barak et van Rijn (2000) ont pu le montrer, P. denitrificans est une bactérie hétérotrophe anaérobie facultative, qui lors d'un manque d'oxygène commute sur un métabolisme anaérobie et utilise les nitrates à la place de l'oxygène comme récepteur d'électrons et dénitrifie celui-ci. La bactérie doit être nourrie avec une source de carbone. En opposition à la dénitrification l'accumulation des phosphates se produit aussi dans le milieu oxygéné, à la condition de disposer d'une source convenable suffisante de carbone (dans ce cas il est question d'acétate). Il est possible de décomposer dans l'aquarium aussi bien des nitrates que des phosphates avec ce petit organisme. Il faut insister sur le fait qu'en ce qui concerne P. denitrificans il ne s'agit pas d'une PAB, car elle ne présente pas les caractéristiques physiologiques typiques d'une PAB, comme par exemple un changement obligatoire entre phase oxique et anoxique.

Les bactéries accumulant les polyphosphates ne sont pas présentes dans nos aquariums ou nous ne pouvons pas leur offrir les conditions environnementales, afin que leurs propriétés puissent être utiles pour nous. Il s'agit toutefois d'un sujet que nous ne devons pas perdre de vue d'un point de vue aquariophile. Par contre Paracoccus denitrificans constitue un candidat convenable, afin de pouvoir expliquer, ce qui s'est passé lors des expérimentations avec la vodka. Finalement cette bactérie hétérotrophe est nourrie avec de l'éthanol et décompose les nitrates dans les zones anaérobies des sédiments et des pierres vivantes, simultanément elle absorbe des phosphates présents dans l'environnement. En présence de problèmes de nitrates et de phosphites il ne faut pas, d'après les expériences rapportées ici, obligatoirement recourir à la technique. Il suffit d'offrir une source de carbone aux bactéries hétérotrophes présentes dans les pierres vivantes et le substrat. Etant donné qu'il se produit également par le dosage de l'éthanol une chute significative de la quantité de phosphates, est également très intéressant. Comme dit la croissance de tous les organismes nécessite l'élément nutritif phosphore.
Lorsque les bactéries se développent tellement qu'elles forment déjà des dépôts mucosiques sur les vitres et la décoration, il ne doit alors pas être étonnant que la quantité de phosphate diminue nettement. Les biofilms ne peuvent pas épaissir à l'infini. A partir d'un certain point, des parties se détachent et une nouvelle couche pousse, jusqu'à ce que celle-ci soit à son tour arrachée par le courant (Hûster 1996). Un écumage efficace récupérera les restes de bactéries mortes et retirera ainsi définitivement le phosphore du système. Sinon il se produirait de nouveau une augmentation de la quantité de phosphates. Même si le phosphate organique n'est plus transformé dans les bactéries en phosphate inorganique – ce qui signifie, que nous ne pouvons pas le mesurer – nous pourrions certainement conclure de la présence du phosphore dans le bac par une croissance couronnée de succès des algues et un nouvel assombrissement du tissu des coraux. Mais comme décrit ce n'était pas le cas. C'est pour cette raison que le récipient de collecte de l'écumeur constitue un composant important de l'aquarium, sans lequel le retrait des phosphates ne fonctionnerait certainement pas. Une quantité nettement plus importante d'adsorbat dans le récipient de collecte de l'écumeur a été constatée lors de l'utilisation de la méthode à base de vodka. Sans doute ceci ne constitue qu'un revers de la médaille. Même si par élimination des nitrates et des phosphates de meilleures conditions environnementales se créent, ceci n'explique pas encore l'énorme expansion et la croissance renforcée des polypes des coraux. Il existe de nombreux aquariums, qui d'une part peuvent présenter de faibles quantités de substances nutritives, mais où les coraux ne croissent pas obligatoirement plus vite ou ne vont pas mieux dans l'ensemble.

Comment se produit une croissance améliorée ?
Suite à l'importante multiplication des bactéries par le dosage d'éthanol, plus de bactéries sont extraites des biofilms et se trouvent en liberté dans l'eau. Une partie de ces particules sont rapidement écumées, mais une partie sert aussi de nourriture aux coraux. La vigueur de l'expansion des polypes peut (mais ne doit pas) indiquer une acquisition de nourriture. En règle générale l'expansion des polypes comme chez les scléractiniaires durant la phase nocturne est, lorsque la micro-faune et le zooplancton sortent des pierres vivantes, nettement plus importante que durant le jour.
Une autre explication veut que nous mettions à la disposition des bactéries hétérotrophes, vivant dans le mucus des coraux, une source complémentaire de nourriture avec l'éthanol, ce qui probablement fait que les populations de bactéries poussent plus rapidement dans le mucus des coraux. Lorsque le corail peut de nouveau digérer lui-même son propre mucus (ce qui est douteux), leur spectre alimentaire se trouverait ainsi élargi.
Depuis plusieurs années déjà le mucus des coraux attire l'attention de la recherche biologique en tant que biofilm. Il est de plus en plus sûr que la multiplicité des diverses bactéries, qui y vivent, ont d'une certaine façon une interaction avec le corail même. Assurément il n'est pas sûr de pouvoir déjà parler d'une symbiose, trop peu de données expérimentales concernant ce sujet sont disponibles.

Pas de limitation des substances nutritives par retrait sélectif
Avec la forme présentée de dosage de l'éthanol au moyen de la vodka il est possible de décomposer aussi bien les nitrates que les phosphates. L'avantage consiste à ne pas créer de limitation des substances nutritives en réduisant simultanément les deux substances nutritives, laquelle peut par exemple se produire lorsqu'on retire uniquement des phosphates avec un adsorbeur ou un fixateur liquide des phosphates ou uniquement des nitrates avec un filtre dénitrateur traditionnel. Il ne s'agit donc pas seulement d'une méthode simple mais également sûre.
Il convient de recommander, d'ajouter chaque jour de faibles quantités de vodka directement dans l'aquarium. Il est certainement difficile, de donner une méthode de dosage recommandée universellement valable, car les aquariums sont tous différents. Nous considérons comme sensé de commencer le dosage avec 0,5 ml de vodka chaque jour par tranche de 100 litres d'eau de l'aquarium (volume net) pour les deux premiers jours, 1 ml/100l pour le troisième et le quatrième jour et 2 ml/100l jusqu'au septième jour inclus.
Au plus tard à ce moment là, il faut commencer le contrôle régulier de la quantité de nitrates et de phosphates. Justement dans de très petits bacs avec un volume net de 100 à 200 litres la limite supérieure peut déjà être atteinte. Dans les aquariums plus grands il est possible d'augmenter la quantité de vodka d'1 ml chaque fois, à intervalle de trois jours. La chute de la quantité de nitrates et de phosphates sert d'indicateur pour la croissance des populations de bactéries. La quantité de phosphates reflète surtout la croissance de toutes les bactéries hétérotrophes, tandis que la décomposition des nitrates ne peut finalement concerner qu'un rapport concernant les dénitrificateurs. Un bon test phosphates ne doit pas manquer lors de l'utilisation de cette méthode.
Dès que des dépôts de bactéries deviennent visibles sur les vitres et la décoration, il faut réduire le dosage et certes d'environ un tiers par rapport à la quantité actuelle. Afin d'empêcher un probable écroulement des populations bactériennes il est conseillé de ne pas arrêter complètement le dosage, mais de continuer à travailler avec des quantités journalières plus faibles. Un contrôle régulier des paramètres, particulièrement de la quantité de nitrates et de phosphates est très important. Dès qu'il n'y a plus nitrates détectables, il faut diminuer la dose d'un tiers ou même de la moitié. Pour les dénitrificateurs les nitrates deviennent le facteur limitant et la croissance des bactéries se ralentit, raison pour laquelle le dosage du carbone doit également être diminué. Trop de carbone favorise alors probablement la croissance d'autres bactéries hétérotrophes, qui deviennent visibles sous la forme de dépôts nuicosiques. Une concurrence entre les dénitrifiants et d'autres bactéries hétérotrophes ne peut être exclue.

Précaution particulière dans le cas de bacs anciens
Une attention particulière doit être portée aux bacs âgés, dans lesquels au fil des années des quantités élevées de substances nutritives ont été mesurées, car aussi bien les coraux que les algues et les bactéries se sont acclimatés à ce milieu. Avec le dosage de la vodka il y a une intervention brutale dans le système et indépendamment de cela, que cette mesure soit évaluée positivement ou négativement, les organismes doivent s'y adapter. Dans de tels aquariums l'augmentation du dosage de vodka doit se dérouler très lentement durant six à neuf mois et avec de longs intervalles entre les augmentations, afin de ne pas subir de pertes. Là aussi le contrôle de la quantité de substances nutritives est très important.

Conclusion
Il ne faut pas oublier, que cette méthode à base de vodka ne retire certainement pas que des nitrates et des phosphates du système, mais a un effet positif sur l'alimentation et ainsi sur la croissance des coraux. Il ne s'agit donc pas seulement d'une méthode pour les aquariums à problème, mais elle peut absolument être utilisée dans des aquariums non chargés, bien sûr en dosage plus faible. Pour cela il faut que l'aquariophile définisse lui-même la mesure idéale à partir de la dose proposée au départ de 1ml/100 l.

NDLR : Cette méthode d'élimination des nitrates et des phosphates a soulevé les passions en Allemagne. Si certains aquariophiles ont vu l'emploi de la méthode couronnée de succès quelques uns ont eu des échecs partiel dus à des raisons difficiles à déterminer. Cette méthode doit être utilisé avec toutes les précautions qui s'imposent telles que décrites dans l'article. En aucun cas les auteurs ne pourraient être tenus pour responsables en cas de pertes d'animaux liées à l'utilisation de cette méthode. Il est prévu la publication d'un autre article concernant cette méthode de la part d'un autre auteur.

Avec l'aimable autorisation de M. Michael Mrutzek et Jörg Kokott

Littérature
- Karak, Y ; A. & Van Rijm, J. (2000), Atypical polyphosphate accumulation by the denitrifying bacterium Paracoccus denitrificans. Applied and Environmental Microbiology 66: 1209-1212.
- Blackall, L. L., Crocetti, G. R. Saunders, A. M. & Bond, P. L. (2002): A review and update of the microbiology of enhanced biological phosphorus removal in wastewater treatment plants. Antonie Van Leeuwenhoek 81 : 681-691.
- Bond, P. L., Erhart, R., Wagner, M., J. & Blackall L. l. (1999): Identification of some of the major groups of bacteria in efficient and non efficient biological phosphorus removal activated sludge systems. Applied and Environmental Microbiology 65: 4077-4084.
- Crocetti, G. R., Hugenholtz, P., Bond, P. l., Schuler, A., Keller, J., Jenkins, D. & Blackall, L. l., (2000): Identification of Plyphosphate-Accumulating Organisms and Design of 16S rRNA- Directed Probes for their Detection and Quantation. Applied and Environmental Microbiology 66: 1175-1182.
- Hüster, R., (2003): Biofilme, geniale Erfindung der Natur. 6. Internationales Meerwasser-Symposium, Bochum. S 27-35.
- Kassebeer, G., (1995): Ist unser Aquarium eine Kläranlage ? Aquarium Hute 13 (2): 100-118.
- Lee, T. J., Kawaharasaki, M., Matsummara, M., & Nakamura, K. (2002): Microbila community structures of activated sludges dominated with polyphosphate-accumulating bacteria and glycogen-accumulating bacteria. Environmental Technology 23: 747-755.
- Levantesi, C., Serafim, L. S., Crocetti, G. R., Lemos, P. C., Rossetti, S., Blackall, L. L., & reis, M. A. (2002) : Analysis of the microbial community structure and fonction of a laboratory scale enhanced biological phosphorus removal reactor. Environmental Microbiology 4: 559-669.
- Mino, T., (2000) : Microbial selection of polyphosphate-accumulating bacteria in activated sludge wastewater treatment process for enhanced biological phosphate removal. Journal of Biochemistry - Tokyo 65: 341-348.
- Onuki, M., Satoh, H. & Mino, T. (2002): Analysis of microbial community that performs enhanced biological phosphorus removal in activated sludge fed with acetate. Water Science and Technology 46: 145-153.
- Schlegel, H. G. (1992): Allgemeine Mikrobiologie. 7. Aufl., Thieme Verlag, Stuttgart.
- Sidat, M., Bux, F., & Kasan, H. C., Zehnder, A. J. B. & Kortstee, G., J., J. (1998): Inhibition of anaerobic phosphate release by nitric oxide in activayed sludge. Applied and Environmental Microbiology 64: 2925-2930.
- Zeng, R., Saunders, A. M., Yan, Z., Blackall, L. L. & Keller, J. (2003): Identification and comparison of aerobic and denitrifying polyphosphate accumulating organisms. Biotechnology and Bioengineering 83: 140-148.
http:/www.deters-ing.de/ gastbeitraegelklaeranlage.htm

Home | News | Section Régionales | Lettres Récifales | Articles | SeaScope® | Aquari-Home | Littérature | Liens | Adhérer

© RECIF FRANCE - Tous droits réservés. Récif onLine V3.0
Association Française des Amateurs d'Aquariophilie Marine et Récifale
.
Editeur des Lettres Récifales, seule publication bimestrielle de langue française consacrée exclusivement à l'aquariophilie marine et récifale.
Mentions légales

Boutique
Vient de paraître : Les Lettres récifales n° 48!!